Sortir de sa zone de confort, c’est accepter de faire ce que vous repoussez parce que cela vous expose, et le plus simple est de commencer en posant votre première petite pierre, assez concret pour être posé cette semaine et assez petit pour ne pas vous submerger.
Il y a quelques années de cela, je sentais que j’étais dans ma zone de confort, que je n’osais pas assez me confronter aux autres. J’avais dressé une liste de personnes devenues entrepreneurs que je voulais interviewer, mais je ne contactais personne. C’est en relisant cette liste et en voyant que je n’avais toujours pas contacté une seule personne que j’ai compris que je ne sortais pas assez de ma zone de confort.
Ma première pierre a été un simple e-mail. Je me demandais si ces personnes, puis mes lecteurs, trouveraient cela intéressant. La première m’a répondu quelques jours plus tard, ravie de raconter son parcours. Son enthousiasme m’a rassuré, tout comme le fait de fixer une date pour l’interview.
Grâce à mes recherches et mon expérience, je vous explique ce que l’on entend par sortir de sa zone de confort, ce que recouvre vraiment cette expression. Mais aussi ce que les études récentes en disent et ne disent pas et comment choisir votre premier pas et jusqu’où aller.
Qu’est-ce que la zone de confort et que montre son schéma ?
La zone de confort est l’ensemble des situations, des habitudes et des tâches où vous vous sentez à l’aise, parce que vous les connaissez et que vous en maîtrisez à peu près le déroulement. Elle n’a pas de frontière fixe. D’après le résumé d’une étude de 2021, ses limites dépendent des raisons qui vous poussent à agir et de ce que vous pensez ressentir en le faisant.
Dans mon cas personnel, cela consistait à ne pas me confronter aux autres. Tant que je ne contactais personne, la question de savoir si mon projet les intéresserait restait sans réponse, donc sans risque.
D’où vient l’expression sortir de sa zone de confort ?
L’expression est associée à Judith Bardwick, autrice de Danger in the confort zone, un livre de management dont l’édition mise à jour date de 1995.
Le schéma que vous croisez partout, trois cercles qui s’emboîtent, est souvent attribué à Tom Senninger. C’est ce que présente ThemPra, alors que MondTools le rattache d’abord à Vygotsky. Les sources divergent et je n’ai pas lu l’ouvrage d’origine. Au centre, ce que vous connaissez. Autour, ce qui vous étire tout en restant faisable, la zone d’apprentissage. Au-delà, la zone de panique, où la peur prend le dessus. ThemPra précise que ces zones varient d’une situation à l’autre et d’une personne à l’autre.
on trouve aussi des versions à quatre zones, avec une zone de croissance en plus. Dans les pages que j’ai lues, aucune n’indique d’où vient cette version.
Ce schéma a aussi ses détracteurs. Dans un article de 2008, Mike Brown estime que le modèle est peu étayé et propose de le traiter comme une métaphore plutôt que comme un modèle. D’après lui, le schéma sert à vous repérer, il ne mesure rien. Ce qui compte, c’est ce que vous ressentez devant un pas précis, aujourd’hui, et vous seul pouvez le dire.
Faut-il vraiment sortir de sa zone de confort ?
Franchement, je ne crois pas qu’il faille sortir de sa zone de confort en permanence. Je vous le déconseille même. Sortir de sa zone de confort peut être utile quand un projet ou une envie vous y conduit, mais les études que j’ai lues ne montrent pas qu’il faille vous y forcer sans cesse. Ce qu’elles établissent est plus modeste que ce qu’on lit souvent. Je les prends une par une, avec ce qu’elles permettent de conclure et ce qu’elles ne permettent pas comme ça vous serez fixé.
En 2020, une étude a suivi par géolocalisation 122 personnes, ils leurs a été demandé régulièrement comment elles se sentaient et ont mesuré l’activité de leur cerveau. Plus les lieux fréquentés dans la journée étaient variés, plus les émotions positives étaient élevées. Il s’agit d’une association. Les auteurs parlent eux-mêmes d’une relation qui fonctionne dans les deux sens, donc on ne sait pas si la variété rend plus heureux ou si l’on bouge davantage quand on va bien. Mais est-ce que varier ses lieux est la même chose que sortir de sa zone de confort, je ne crois pas.
En 2012, une étude a comparé des étudiants qui avaient fait un séjour d’études à l’étranger à d’autres qui n’en avaient pas fait. Les premiers ont obtenu de meilleurs résultats à des mesures de pensée créative. Les auteurs concluent que l’expérience à l’étranger soutient cette pensée. Cependant, est-ce que la comparaison de groupes seule suffit à l’établir avec certitude, je n’en suis pas convaincu.
Une étude plus récente a testé la question par expérience. Des participants tirés au sort ont reçu pendant deux semaines la consigne de faire une activité hors de leur zone de confort, et un groupe de comparaison notait leurs activités quotidiennes. La satisfaction de vie a augmenté chez les personnes les moins heureuses au départ. Mais pour l’instant se sont que des résultats préliminaires, donc on ne peut rien en tirer ou presque.
La courbe de Yerkes et Dodson prouve-t-elle qu’un peu de stress fait progresser ?
Vous croiserez aussi une courbe en cloche. Trop peu de stress endormirait, trop de stress bloquerait, et un peu de stress ferait progresser. La courbe de Yerkes et Dodson ne se résume pas à cela. Leur article de 1908 portait sur la force d’un stimulus et l’apprentissage d’une habitude chez des souris. Karl Teigen a retracé en 1994 l’histoire de cette loi. Elle a été formulée ensuite en termes de motivation, d’anxiété ou de stress, et ces changements sont souvent attribués à tort aux deux chercheurs.
Quand vaut-il mieux ne pas en sortir ?
Je n’ai rien trouvé qui dise qu’il faut vous forcer si votre vie vous convient. Donc l’essai ci-dessus, le gain apparaît chez les personnes les moins heureuses au départ. Les travaux de Kiknadze et Leary rappellent par ailleurs que les personnes n’accordent pas la même valeur à l’idée de repousser leurs limites. Selon moi, la question de sortir de notre zone de confort n’a pas de sens. En revanche, posez-vous la question : est-ce que cette sortie va me servir à un but bien précis ? ou est-ce que je le fait car on m’a dit de le faire ?
Comment savoir que vous êtes coincés dans votre zone de confort ?
Vous êtes probablement coincé dans votre zone de confort quand une action que vous voulez mener reste sur une liste, sans que vous la fassiez, et que vous trouvez toujours une bonne raison de la repousser.
Chez moi, le signal est venu d’une liste, mais aussi de ma conjointe. J’avais noté les personnes devenues entrepreneurs que je voulais interviewer. Quand ma compagne m’a demandé où j’en étais, j’ai relu ma note, et j’ai vu que je n’en avais contacté aucune. J’avais aussi le sentiment de stagner, que je n’obtenais pas les résultats escomptés. Ce n’était certes pas une preuve de ma non sorti de ma zone de confort, mais c’était un indice de plus.
Vous pouvez chercher le même genre de signal chez vous avec trois questions. Quelle action notée quelque part n’avez-vous toujours pas faite, alors que vous savez comment la faire ? Quelle action évitez-vous parce qu’elle vous exposerait au regard ou au jugement des autres ? Qu’est-ce qui ne bouge plus dans votre activité, alors que vous continuez à faire les choses comme avant ?
Ce questions ne posent aucun diagnostic, d’ailleurs vous n’êtes pas malade et vous n’avez aucun syndrome de je ne sais quoi. Une action repoussée peut aussi venir d’un manque de temps ou de fatigue, et une activité qui stagne peut avoir d’autres causes. elles servent à repérer ce que vous évitez, et cous êtes le seul à pouvoir dire si c’est de l’évitement. Ce qui vous retient fait justement l’objet de la section suivante.
Qu’est-ce qui vous retient, et comment s’appelle cette peur ?
Cette peur n’a pas de nom unique et reconnu. Le terme le plus proche que j’ai trouvé est la néophobie, aussi appelée kaïnotophobie, que l’Office québécois de la langue française définit comme la peur de la nouveauté, de l’inédit. Je n’ai trouvé aucune source qui range le fait de rester dans sa zone de confort sous ce terme. Il vaut donc mieux le prendre comme un repère de vocabulaire que comme un diagnostic. Mais que voulez-vous, notre société dit moderne aime bien donner des noms aux choses et à nous mettre dans des cases.
Ce qui me retenait n’était pas la nouveauté en elle-même. Je me demandais si ces personnes trouveraient mon projet intéressant, et mes lecteurs aussi. Tant que je n’avais pas envoyé mon message, je n’avais pas la réponse, et c’est cette réponse que je repoussais. Chez vous, ce peut être autre chose, la crainte de déranger, de mal faire, de ne pas être à la hauteur ou de ne pas être pris au sérieux. Si ce qui vous retient ressemble à un doute sur votre légitimité, je l’ai détaillé dans mon article sur le syndrome de l’imposteur chez l’entrepreneur.
Une étude qualitative publiée en 2016 sur la peur de l’échec chez les entrepreneurs la décrit à la fois comme un frein et comme une motivation. Elle porte sur l’échec et non sur la zone de confort. J’en retiens, que la peur ne vous dit pas seulement de ne pas bouger. Elle peut aussi indiquer ce qui compte pour vous. En tout cas elle vous envoie un signal à ne pas négliger.
Si cette peur vous paralyse au point de gêner votre quotidien, parlez-en à un professionnel de santé, ne venez pas me voir pour cela, à chacun son métier. Ce que je décris ici concerne les freins ordinaire d’un projet.
Transformez ce que vous savez faire en activité rémunératrice, à votre rythme. Si vous voulez en parler, je vous propose un appel stratégique offert.
Réserver un appel stratégiqueComment sortir de sa zone de confort concrètement ?
Concrètement, sortir de sa zone de confort revient à faire un premier petit pas, assez concret pour être posé cette semaine et assez petit pour ne pas vous submerger. Je ne vous propose ni échelle ni étapes imposées, parce que ce qui est petit pour vous ne l’est pas forcément pour une autre personne.
Chez moi, ce premier petit pas à été un e-mail à une personne devenue entrepreneur. Fixer une date pour l’interview m’a ensuite aidé à ne pas me dérober. Votre petit pas sera différent, mais vous pouvez le chercher avec une question simple. Qu’est-ce que je repousse parce que cela m’expose, et quelle version de cela puis-je faire cette semaine ?
Une fois le petit pas posé, observez ce qu’il vous a coûté et ce qu’il vous a apporté. S’il est trop lourd, faites-le plus petit. S’il a été facile, vous pouvez aller un peu plus loin. Ce réglage vous appartient. Si votre difficulté est de passer de l’intention à l’action, j’ai détaillé comment passer à l’action quand rien ne vous y oblige.
Dans l’essai de deux semaines cité plus haut, l’horizon était court, ce qui va dans le sens d’un petit pas limité dans le temps.
Faut-il visualiser sa réussite avant de se lancer ?
Pas forcément, et je ne vous le recommande pas comme un passage obligé. Dans quatre expériences, des fantasmes positifs induits sur un avenir idéalisé ont entraîné moins d’énergie que des fantasmes qui remettaient en question cet avenir, des fantasmes négatifs ou des fantasmes neutres. Il ne dit pas qui a participé. Je ne tire pas de cette étude un conseil général, mais je préfère ne pas vous demander de visualiser longuement votre réussite.
Et si votre peur est intense ?
Si votre peur est intense, un accompagnement professionnel est plus adapté qu’un défi personnel ou qu’un coaching. Une revue de 2015 présente l’exposition, qui consiste à se confronter à ce qui fait peur, comme un traitement de référence pour de nombreuses formes d’anxiété pathologique. elle porte sur des patients et sur des protocoles menés avec un thérapeute. Je ne transpose pas ces résultats à un projet professionnel.
Comment sortir de sa zone de confort quand on lance une activité ?
Quand on lance une activité, sortir de sa zone de confort passe souvent par poser une pierre qui vous exposent aux autres, comme écrire à quelqu’un, demander un avis, tourner des vidéos ou montrer ce que l’on fait avant que ce soit parfait.
Chez moi , cela a d’abord été d’écrire des articles comme celui-ci. Je n’osais pas le faire. Il m’a fallu sortir de ma zone de confort, de la même façon que pour réaliser des interviews. J’ai publié des interviews de ce type, dont celle d’Aurélie Stedelmann, qui est passée de salariée à entrepreneuse.
Une étude de 2023 s’est intéressée à ce que vivent des étudiants quand on les pousse à agir hors de leur zone de confort. Ils devaient relever en une ou deux journées plusieurs défis de la vie quotidienne qui consistaient à créer de la valeur pour d’autres personnes, par exemple en abordant des inconnus. L’auteur a analysé 198 comptes rendus rédigés par des étudiants de cinq pays. Il conclut que l’apprentissage vient des pérennes qui surprennent. Parmi les surprises relevées, des participants ont constaté qu’un refus était moins pénible qu’ils ne le pensaient et que des inconnus coopéraient plus qu’ils ne l’attendaient.
Ces résultats viennent de comptes rendus rédigés par les étudiants eux-mêmes, analysés par une seule personne. L’auteur précise que le passage à la création d’une entreprise reste incertain.
Retenez-en une idée prudente. Ce que vous redoutez de vivre n’est pas forcément ce qui se produira, et le seul moyen de le vérifier est de poser votre pierre. Pour une activité, cette pierre peut être un message à une personne, une demande d’avis ou une proposition d’échange. Si c’est la création d’entreprise elle-même qui vous fait peur, j’ai listé sept raisons de ne plus avoir peur de créer une entreprise.
Que faire quand on décroche et comment voir qu’on avance ?
Quand vous décrochez, le plus utile est de reprendre avec un geste plus petit plutôt que de vous reprocher d’avoir lâché. Il peut arriver de repousser de nouveau le geste ou de l’abandonner en route.
En 2012, Breines et Chen ont publié quatre expériences où l’on comparait des partcipants invités à adopter une attitude bienveillante envers une faiblesse ou un échec personnel à un groupe de comparaison. Les auteurs concluent qu’accepter un échec personnel rend paradoxalement plus motivé à progresser. Dans l’une des expériences, on mesurait le temps consacré à étudier pour un examen difficile après un premier échec. Le résumé ne précise pas qui a participé, les tâches étaient celles d’un laboratoire, et rien ne porte sur la zone de confort.
Ma traduction de tout cela, qui n’est pas celle des auteurs, est la suivante. Reconnaissez ce qui s’est passé sans vous juger, puis refaites le même geste en plus petit.
Comment savoir que vous avancez ?
Vous avancez quand une action que vous repoussiez est faite, puis qu’une autre devient possible. Je n’ai pas de source à vous donner pour mesurer cela. Je vous propose donc un repère personnel.
Dans mon cas, c’est la liste de personnes à contacter qui m’a montré que je n’avançais pas. C’est elle aussi qui peut vous montrer l’inverse. Relisez-la de temps en temps et regardez les actions que vous avez posé depuis la dernière fois. Reprenez aussi la question du début. Qu’est-ce qui ne bouge plus dans votre activité ? Si votre réponse change, c’est un signe, pas une preuve, que vous avancez.
Par où commencer ?
Commencez par une seul action, assez concrète pour être posé cette semaine et assez petite pour ne pas vous submerger. Repérez ce que vous repoussez parce que cela vous expose, faites-en une version réduite, puis observez ce qu’elle vous a coûté et apporté. Le schéma de la zone de confort est une image utile pour vous repérer, pas un instrument de mesure. Les études que j’ai lues ne montrent pas qu’il faille vous y forcer sans cesse. Si vous décrochez, refaites la même action en plus petit. Quel sera la vôtre cette semaine ?





